Chaque automne, la même scène se répète dans nos rendez-vous à Aubenas ou à Ruoms : un assuré arrive avec trois noms en tête — Hamon, Chatel, les « trois clics » — et la conviction confuse qu'au moins l'un des trois va le sortir de son contrat. Ces trois dispositifs existent bien. Mais ils ne font pas du tout la même chose, et deux d'entre eux ne sont même pas des droits de résiliation.

L'essentiel en 30 secondes

Un seul des trois dispositifs crée un véritable droit de résiliation : la résiliation infra-annuelle issue de la loi Hamon. La loi Chatel est une obligation d'information de l'assureur. La résiliation en trois clics est une modalité technique. Les confondre fait perdre des mois.

Trois dispositifs, trois logiques différentes

Avant d'entrer dans les délais, il faut poser la distinction qui règle à elle seule la plupart des malentendus. Un seul des trois textes vous donne le droit de partir. Les deux autres organisent l'information et la technique.

Chatel : une obligation d'information

L'article L.113-15-1 du Code des assurances n'ouvre aucun droit nouveau. Il impose à l'assureur de rappeler, sur chaque avis d'échéance, la date limite pour dénoncer la reconduction — et sanctionne le retard de cet avis.

Hamon : un vrai droit de sortie

L'article L.113-15-2 autorise la résiliation à tout moment une fois le contrat détenu depuis un an, sans frais ni pénalités. C'est le seul des trois qui crée une liberté de départ.

Trois clics : une modalité

L'article L.113-14, II impose une fonctionnalité gratuite de résiliation en ligne. Elle ne change ni les délais, ni les conditions de fond : elle rend seulement la démarche plus simple.

Autrement dit : Chatel vous prévient, Hamon vous libère, le bouton vous évite le bureau de poste. Si votre contrat ne relève pas de la résiliation infra-annuelle, aucun bouton en ligne ne vous fera sortir avant l'échéance.

L'échéance annuelle et le filet de sécurité Chatel

Le principe de base figure à l'article L.113-12 du Code des assurances : vous pouvez résilier à l'expiration d'un délai d'un an, en adressant votre notification à l'assureur au moins deux mois avant la date d'échéance. Le délai court à partir de la date figurant sur le cachet de la poste ou de la date d'expédition. Les assurances sur la vie sont expressément hors champ.

Un point mérite d'être corrigé, parce que presque toutes les sources grand public se trompent encore : la lettre recommandée n'est pas exigée de vous. Depuis la réécriture de l'article L.113-14, vous choisissez entre la lettre ou tout autre support durable, la déclaration au siège social ou chez le représentant de l'assureur, l'acte extrajudiciaire, le canal de communication à distance lorsque l'assureur propose la souscription par ce moyen, ou tout autre moyen prévu au contrat. Le destinataire, lui, doit confirmer par écrit la réception. Le recommandé reste imposé à l'assureur lorsque c'est lui qui prend l'initiative de résilier.

Reste le cas fréquent de l'assuré qui découvre son avis d'échéance trop tard. C'est là que joue la loi Chatel, codifiée à l'article L.113-15-1. Elle s'applique aux contrats à tacite reconduction couvrant des personnes physiques en dehors de leurs activités professionnelles, et impose que la date limite de dénonciation soit rappelée avec chaque avis d'échéance annuelle.

La règle des quinze et vingt jours

Si l'avis d'échéance vous est adressé moins de quinze jours avant la date limite, ou après cette date, vous disposez de vingt jours à compter de la date d'envoi de cet avis pour dénoncer la reconduction. Et si l'information n'a pas été donnée du tout, vous pouvez résilier sans pénalités à tout moment à compter de la date de reconduction, l'effet intervenant le lendemain. Le trop-perçu vous est remboursé au prorata dans les trente jours, faute de quoi il porte intérêts au taux légal.

Attention à une nuance souvent déformée : le Code n'oblige pas l'assureur à expédier l'avis « au moins quinze jours avant ». Il attache simplement une conséquence au fait que l'avis parte tardivement. Enfin, Chatel ne s'applique ni aux assurances sur la vie, ni aux assurances de groupe relevant de l'article L.141-1, ni aux contrats professionnels, ni à ceux qui ne sont pas tacitement reconductibles.

La résiliation à tout moment après un an : pour qui, vraiment

C'est le dispositif le plus utile, et le plus mal cerné. L'article L.113-15-2 permet, après expiration d'un délai d'un an à compter de la première souscription, de résilier sans frais ni pénalités un contrat tacitement reconductible souscrit par une personne physique en dehors de son activité professionnelle. La résiliation prend effet un mois après que l'assureur en a reçu notification — c'est bien la réception qui compte, pas l'envoi.

Le champ est fixé par l'article R.113-11 et il est limitatif. Quatre familles seulement : l'automobile, l'habitation, les contrats affinitaires vendus en complément d'un bien ou d'un service par un fournisseur, et la complémentaire santé. Tout le reste en est exclu : les contrats professionnels, ceux dont l'adhésion est rendue obligatoire par l'employeur, ceux qui ne sont pas tacitement reconductibles.

Une précision historique utile, parce qu'elle circule à l'envers un peu partout : la complémentaire santé n'a pas été intégrée par la loi Hamon de 2014, mais par la loi du 14 juillet 2019, applicable depuis le 1er décembre 2020.

Qui fait les démarches à votre place

Pour la responsabilité civile automobile, pour l'assurance obligatoire du locataire et pour la complémentaire santé, le texte met les formalités à la charge du nouvel assureur, qui doit s'assurer de la permanence de la couverture. Vous n'avez donc rien à écrire à votre ancien assureur : c'est le nouveau qui s'en charge, et c'est aussi lui qui garantit l'absence de trou de garantie. Pour les autres contrats du champ, la démarche vous appartient.

Signalons enfin une nouveauté encore inachevée. La loi du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a créé un article L.113-15-2-1 ouvrant une résiliation infra-annuelle aux microentreprises et PME pour leurs contrats de dommages aux biens professionnels. Mais le texte subordonne son application à la publication d'un décret en Conseil d'État, qui n'était pas paru à la date de rédaction de cet article. À ce jour, ce droit est voté mais pas exerçable : nous suivons sa mise en œuvre pour nos clients artisans et commerçants.

Le bouton « résilier » : ce que la loi impose exactement

Depuis le 1er juin 2023, l'article L.113-14, II du Code des assurances impose une fonctionnalité gratuite permettant d'accomplir en ligne la notification de résiliation et les démarches nécessaires. L'assureur doit confirmer la réception et informer l'assuré, sur support durable et dans des délais raisonnables, de la date de fin du contrat et des effets de la résiliation.

Le périmètre est plus étroit qu'on ne le croit : l'obligation vise les contrats couvrant des personnes physiques en dehors de leurs activités professionnelles, conclus par voie électronique, ou conclus autrement si l'assureur offre, au jour de la résiliation, la possibilité de souscrire en ligne. Un assureur qui ne commercialise pas sur internet n'est donc pas tenu de proposer ce bouton. En revanche, et c'est l'inverse de la résiliation infra-annuelle, aucune branche n'est exclue.

Le décret du 16 mars 2023 précise la mécanique, codifiée à l'article D.113-7 : la mention « résilier votre contrat » ou une formule analogue dénuée d'ambiguïté, en caractères lisibles, directement et facilement accessible depuis l'interface en ligne ; un rappel des conditions de résiliation, préavis compris, et de ses conséquences ; des rubriques d'identification et de références du contrat ; un motif à choisir dans une liste ; puis une page récapitulative modifiable, avant un bouton final « confirmer ma demande de résiliation ».

Ne confondez pas ce bouton avec celui de la renonciation. Depuis le 19 juin 2026, la réglementation sur la commercialisation à distance de services financiers impose une fonctionnalité distincte, identifiée par la mention « renoncer au contrat ici ». L'une vous fait sortir d'un contrat en cours ; l'autre vous permet de revenir sur une souscription récente.

Les autres portes de sortie qu'on oublie

Au-delà du trio médiatique, le Code des assurances ouvre plusieurs voies moins connues, souvent plus rapides.

1
Le changement de situation (art. L.113-16). Changement de domicile, de situation matrimoniale, de régime matrimonial, de profession, retraite ou cessation définitive d'activité. Encore faut-il que le contrat garantisse des risques en relation directe avec la situation antérieure et qui ne se retrouvent pas dans la nouvelle. Délai : trois mois suivant l'événement. Effet : un mois après réception. Aucune indemnité de résiliation ne peut être stipulée.
2
La vente du bien assuré (art. L.121-10). L'assurance continue de plein droit au profit de l'acquéreur ou de l'héritier, chacun pouvant ensuite résilier. L'assureur dispose de trois mois à compter de la demande de transfert. Ce texte ne s'applique pas aux véhicules terrestres à moteur.
3
La vente d'un véhicule (art. L.121-11). Régime propre : le contrat est suspendu de plein droit à partir du lendemain, à zéro heure, du jour de l'aliénation. Chaque partie peut résilier moyennant un préavis de dix jours et, à défaut de remise en vigueur, la résiliation intervient de plein droit au bout de six mois.
4
L'assurance emprunteur (art. L.113-12-2). Depuis la loi Lemoine, la résiliation est possible à tout moment à compter de la signature de l'offre de prêt : ni préavis, ni date anniversaire. La banque doit répondre dans les dix jours ouvrés, ne peut refuser qu'en cas d'absence d'équivalence de garanties, doit motiver explicitement son refus et ne peut facturer aucun frais pour l'avenant. Attention : en cas de refus du prêteur, le contrat n'est pas résilié.
5
La résiliation après sinistre par l'assureur. Elle n'est pas un droit automatique : la faculté doit être prévue par la police. Si elle est exercée, vous pouvez résilier vos autres contrats chez le même assureur dans le mois de la notification.

Et la hausse de tarif ? Contrairement à une idée tenace, aucun article du Code des assurances n'ouvre de droit de résiliation pour augmentation de prime. Cette faculté est purement contractuelle. La question a néanmoins perdu de son intérêt pratique : sur l'auto, l'habitation, les affinitaires et la santé, la résiliation infra-annuelle rend le débat théorique. Notez au passage qu'une hausse liée à un malus ne permet pas, elle, de sortir du contrat.

Résilier n'est pas arbitrer

Voilà le point sur lequel nous insistons le plus en rendez-vous. La liberté de résiliation a rendu le changement d'assureur si simple qu'elle a créé un nouveau risque : celui de changer pour moins cher sans mesurer ce que l'on perd. Une prime plus basse n'est une bonne nouvelle que si le périmètre de garanties est identique.

Avant de signer ailleurs, nous passons systématiquement en revue cinq points avec nos clients : les plafonds d'indemnisation et les franchises, poste par poste ; les exclusions, notamment sur les risques ardéchois comme le feu de forêt, l'inondation ou le retrait-gonflement des argiles ; les délais de carence en santé ; la continuité de couverture à la date de bascule ; et, en auto, la bonne transmission du relevé d'information, que l'ancien assureur doit fournir rapidement.

C'est très exactement le travail du courtier : formaliser vos exigences et vos besoins, mettre plusieurs compagnies en concurrence sur des bases comparables, et vous remettre une fiche de conseil écrite qui explique pourquoi telle solution est recommandée. Pour approfondir, vous pouvez lire notre article sur l'assurance auto du jeune conducteur, celui consacré à l'assurance propriétaire non occupant, ou notre dossier sur la délégation d'assurance emprunteur.

Questions fréquentes

Q : Faut-il obligatoirement envoyer une lettre recommandée pour résilier son assurance ?
Non. Depuis la réécriture de l'article L.113-14 du Code des assurances, l'assuré choisit librement son mode de notification : lettre ou tout autre support durable, déclaration au siège social ou chez le représentant de l'assureur, acte extrajudiciaire, moyen de communication à distance lorsque l'assureur propose la souscription par ce canal, ou tout autre moyen prévu au contrat. Le destinataire confirme par écrit la réception. Le recommandé reste en revanche imposé à l'assureur lorsque c'est lui qui résilie.

Q : Quelle est la différence entre la loi Chatel et la loi Hamon ?
La loi Chatel, codifiée à l'article L.113-15-1, ne crée pas de droit de résiliation : elle oblige l'assureur à rappeler la date limite de dénonciation sur chaque avis d'échéance et sanctionne le retard de cet avis. La résiliation infra-annuelle issue de la loi Hamon, à l'article L.113-15-2, permet au contraire de résilier à tout moment une fois le contrat détenu depuis un an, sans frais ni pénalités.

Q : Quels contrats peuvent être résiliés à tout moment après un an ?
L'article R.113-11 vise quatre catégories : l'automobile, l'habitation, les contrats affinitaires vendus en complément d'un bien ou d'un service, et la complémentaire santé. Le contrat doit être tacitement reconductible et souscrit par une personne physique en dehors de son activité professionnelle. Les contrats professionnels et les adhésions rendues obligatoires par l'employeur en sont exclus.

Q : Dois-je faire les démarches moi-même auprès de mon ancien assureur ?
Pas dans tous les cas. Pour la responsabilité civile automobile, pour l'assurance obligatoire du locataire et pour la complémentaire santé, l'article L.113-15-2 met les formalités à la charge du nouvel assureur, qui doit s'assurer de la permanence de la couverture. Pour les autres contrats relevant de la résiliation infra-annuelle, la démarche appartient à l'assuré.

Q : Tous les assureurs doivent-ils proposer un bouton de résiliation en ligne ?
Non. L'article L.113-14, II impose cette fonctionnalité gratuite pour les contrats couvrant des personnes physiques hors activité professionnelle, dès lors que le contrat a été conclu par voie électronique, ou que l'assureur offre au jour de la résiliation la possibilité de souscrire en ligne. Un assureur qui ne commercialise pas en ligne n'y est pas tenu. En revanche, aucune branche n'est exclue du dispositif.

Q : Puis-je résilier parce que mon assureur augmente mon tarif ?
Aucun texte du Code des assurances n'ouvre de droit de résiliation pour hausse tarifaire. Cette faculté est purement contractuelle : elle n'existe que si votre contrat la prévoit, et selon les modalités qu'il fixe. La question a toutefois perdu beaucoup de son intérêt pratique depuis que l'automobile, l'habitation, les contrats affinitaires et la santé peuvent être résiliés à tout moment après un an.

Avant de résilier, faisons le point ensemble

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